
Jacky Micaelli
Biographie
Jacky Micaelli – Une voix, une terre, une transmission
Jacky Micaelli (née Graziani) est une chanteuse corse emblématique, connue pour sa voix puissante et les émotions qu’elle suscite. Pionnière des voix féminines dans la polyphonie insulaire, elle a consacré sa vie au chant, contribuant au patrimoine musical de la Corse. Au fil d’une carrière riche et humble, elle a su porter la tradition du chant corse sur les plus grandes scènes tout en formant la génération suivante, assurant ainsi la transmission d’un héritage culturel précieux.
Naissance et racines musicales
Jacky Micaelli voit le jour à Bastia, dans le quartier Saint-Joseph, le 28 décembre 1954 (elle sera déclarée à l’état civil le 5 janvier 1955). Elle grandit dans une Corse où le chant occupe une place centrale dans la vie quotidienne, des veillées aux cérémonies religieuses. Dès son enfance, la musique est pour elle une seconde nature : elle aimait à dire qu’elle avait « chanté avant de parler », comme si le chant était sa première langue.
Avant même de songer à la scène, la jeune Jacky mène une vie simple au contact de la terre. Épouse et mère de deux enfants, agricultrice, elle travaille dans la région de Borgo tout en chantant en labourant ses champs, laissant sa voix se déployer naturellement, sans artifice ni projet de carrière. Elle a commencé par cultiver les champs avant de se cultiver par le chant. Cet ancrage et cette relation spontanée au chant resteront le fondement de son art : chanter n’est pas pour elle une performance, mais un mode d’expression vital et authentique.
Débuts et premiers succès (années 1980)
Dans les années 1970 et 1980, la Corse vit un vaste mouvement de renaissance culturelle, le Riacquistu, qui encourage la réappropriation de la langue et des traditions insulaires. C’est dans ce contexte que Jacky Micaelli s’oriente vers le chant traditionnel corse et plus particulièrement la polyphonie sacrée. Elle se forme de manière informelle en observant et écoutant les anciens lors de veillées chez le chanteur Vincent Orsini, où elle rencontre notamment le poète et compositeur Bartolomeu Dolovici.
À une époque où la pratique de la polyphonie restait largement réservée aux hommes, l’accès à un enseignement structuré est difficile pour les voix féminines. Jacky persévère pourtant, et finit par intégrer la nouvelle école de chant traditionnel fondée à Bastia par Jean-Paul Poletti, l’une des figures majeures du Riacquistu et co-créateur de Canta U Populu Corsu. Sous son égide, elle affine sa technique, tout en conservant la profondeur instinctive de sa voix.
Très vite, son timbre ample et grave se fait remarquer. En 1986, Jacky Micaelli remporte le concours de chant de Radio France (RCFM), une distinction qui lance véritablement sa carrière. Ce premier succès lui permet d’enregistrer son premier 45 tours, L’Arcu di Sperenza accompagné du titre A Cumpienta di u pastore. Ce disque, humble dans sa production, révèle déjà une voix habitée et authentique, dénuée d’artifice, qui touche le cœur du public insulaire.
Soutenue par des personnalités du monde musical corse comme Michel Codaccioni, Antoine Maestracci, Jacques Gregori ou Daniel Pariggi, Jacky commence à se produire sur scène.
Jacky Micaelli débute sa carrière en 1986, avec le prix du concours de chant de Radio France, la parution de son premier 45 tours.
Ces reconnaissances successives confirment l’émergence d’une artiste pas comme les autres. Sa voix profonde et puissante, capable d’une intensité spirituelle rare, se prête aussi bien aux chants profanes qu’à la liturgie.
Pionnière des voix féminines corses
À la fin des années 1980, Jacky Micaelli participe à une aventure fondatrice pour les femmes dans le chant polyphonique corse.
En 1989, le musicien Mighele Raffaelli réunit plusieurs voix féminines – dont Jacky – pour interpréter l’œuvre A Hélène du compositeur contemporain Iannis Xenakis. Ce projet ambitieux, présenté sur des scènes prestigieuses, marque l’émergence d’une présence féminine affirmée au cœur du chant polyphonique.
Forte de cette expérience, ces chanteuses fondent le groupe Donnisulana, premier ensemble féminin de polyphonies corses. Dès ses débuts, le groupe se produit hors de l’île, affirmant une voix nouvelle et assumée, notamment lors d’un concert remarqué à Cáceres, au Pays basque, l’une de ses premières reconnaissances à l’extérieur de la Corse.
En 1992, Donnisulana enregistre l’album Per Agata (extrait : S'é tu passi), en hommage à la chanteuse Agathe Luciani, et entame une série de concerts qui les mène à travers l’Europe, les États-Unis et jusqu’au Japon. À Londres, lors d’un festival, Donnisulana rencontre Peter Gabriel. À Paris, le groupe se produit dans plusieurs salles emblématiques — le Café de la Danse, le Petit Journal, l’Européen, le Théâtre de la Ville et l’Opéra Bastille — avant de se produire à l'Olympia le 30 avril 1993, une première pour des voix féminines corses. Cet événement marque un jalon important dans l’histoire de la polyphonie corse.
Bien que de courte durée, l’aventure Donnisulana n’en est pas moins fondatrice. Elle ouvre un espace nouveau où les femmes ne sont plus cantonnées au rôle d’auditrices ou d’interprètes occasionnelles, mais s’affirment comme actrices à part entière de la tradition polyphonique. À travers Donnisulana, Jacky Micaelli et ses consœurs inscrivent durablement une voix féminine légitime au cœur d’un héritage longtemps porté presque exclusivement par des voix masculines.
Ouverture et collaborations dans les années 1990
Jacky Micaelli a porté sa voix là où le chant l’appelait, du sacré aux musiques du monde, avec une ouverture constante.
En 1988, Jacky Micaelli est sélectionnée parmi les Découvertes du Printemps de Bourges pour représenter la Corse et reçoit le Prix des auditeurs de Radio France au Trophée Radio France de la Jeune Chanson Française à Périgueux.
Dans les années 1980 et 1990, Pigna occupe une place centrale dans le parcours artistique de Jacky Micaelli. Au sein de la Casa Musicale, haut lieu du renouveau culturel corse, elle participe régulièrement aux soirées de paghjelle, s’inscrivant pleinement dans la tradition du chant polyphonique tout en y apportant une voix féminine encore rare à l’époque. Ces veillées et stages de chant deviennent pour elle des espaces de partage, de transmission et de rencontres déterminantes.
À Pigna, Jacky Micaelli prend également part à des projets artistiques majeurs, dont l’oratorio baroque Gesù al Sepolcro (Gesù al Sepolcro du compositeur A. Perti) et fait retentir sa voix dans des lieux prestigieux bien au-delà de son île. Elle se produit ainsi à La Fenice de Venise (1988), à la basilique Notre-Dame de Lourdes (1989), sur la scène de la Scala de Milan (1990), au Festival de La Chaise-Dieu (1992), ainsi qu’à Bologne et Amsterdam. Partout, le public découvre une chanteuse à l’émotion pure, dont chaque interprétation semble reliée à l’âme de son île.
Sa collaboration avec le groupe A Cumpagnia (Extrait A Violetta) marque profondément cette période. Ensemble, ils enregistrent notamment l’album Tempi di Sumente à Pigna en 1994 et se produisent sur de nombreuses scènes, contribuant à faire rayonner le répertoire traditionnel corse bien au-delà de l’île.
Parallèlement, Jacky Micaelli s’impose comme une figure importante du festival Festivoce, rendez-vous majeur consacré à la voix, où elle explore aussi bien le chant sacré que des formes plus ouvertes, à la croisée de la tradition et de la création.
Au début de son parcours, Pigna occupe ainsi une place déterminante dans son chemin artistique. À la Casa Musicale, lieu emblématique du renouveau culturel corse, elle participe aux soirées de paghjelle et aux stages de chant. Ces espaces de rencontres, de partage et de transmission l’ancrent profondément dans la tradition du chant polyphonique et accompagnent l’émergence d’une voix féminine encore rare à cette époque, nourrissant durablement son engagement artistique.
En 1989, alors que se poursuit l’aventure Donnisulana, Jacky Micaelli enregistre Eccu a vita , son second 45 tours.
La même année, elle monte sur la scène du théâtre de Bastia dans A Pruvatoghja, première comédie musicale corse de Mighele Raffaelli, où elle conjugue jeu et chant avec une présence scénique remarquée.
Au cours des années 1990, elle multiplie les projets éclectiques, accueillant les collaborations et les dialogues artistiques avec une grande ouverture d’esprit.
En 1991, Jacky Micaelli crée et présente Matria, une création musicale et vocale corse consacrée à la condition féminine, au Festival du Film et des Cultures méditerranéennes de Bastia. À travers cette œuvre, elle explore la figure de la femme comme matrice, mémoire et pilier invisible de la société corse. La voix y devient porteuse d’une parole longtemps retenue, mêlant chant, émotion et profondeur symbolique. Matria s’impose ainsi comme une création singulière, où l’engagement artistique rejoint l’engagement humain, et où Jacky Micaelli affirme, avec force et sensibilité, la légitimité des voix féminines dans l’expression culturelle corse.
Sa voix s’inscrit également dans de grands rassemblements populaires. En 1992, à Ajaccio, lors du cinquième centenaire de la ville, Jacky Micaelli interprète le chant sacré A Madunnuccia dans les rues de la cité, aux côtés du groupe de polyphonies A Cumpagnia et de près de quatre cents confrères. Cette interprétation en plein air marque un temps fort de la célébration et témoigne de la place qu’elle occupe dans le chant corse, entre expression du sacré et dimension collective.
De 1990 à 1992, Jacky Micaelli participe à une tournée nationale avec la compagnie de danse Balmuz dans le spectacle A Mossa, un récital de chants et de danses conçu par Jacques Patarozzi. Ce spectacle pluridisciplinaire, mêlant expression chorégraphique et tradition vocale, met en dialogue le corps et la voix, le mouvement et la mémoire. La présence de Jacky Micaelli y apporte une dimension vocale et émotionnelle forte, sa voix accompagnant et prolongeant le geste dans une même énergie expressive. Cette tournée à travers la France contribue à faire connaître le chant corse au-delà de l’île, dans une forme scénique renouvelée, accessible à un large public et fidèle à l’esprit de transmission qui anime l’artiste.
En 1995, Jacky Micaelli est l’invitée d’honneur de l’émission La Nave Va, diffusée sur France 3 Corse. Aux côtés de Jean-Jacques Torre et de Michèle Don-Ignazi, elle y partage son parcours, sa vision du chant et son attachement profond à la culture corse. Cette émission, consacrée aux figures marquantes de la création insulaire, offre au grand public un temps d’échange privilégié avec l’artiste, mettant en lumière à la fois la force de sa voix, la richesse de son engagement et la singularité de son chemin. Cette invitation témoigne de la reconnaissance institutionnelle et médiatique dont elle bénéficie alors, en tant que grande voix du chant corse et passeuse de patrimoine.
En 1996, Jacky Micaelli chante et joue dans A Pesta , adaptation corse de La Peste de Albert Camus, mise en scène et adaptée par Jean-Pierre Lanfranchi. Dans cette œuvre exigeante, elle met sa voix et sa présence scénique au service d’un texte universel, revisité à travers la langue et la sensibilité corses.
La même année, elle assure les premières parties du chanteur Jacques Higelin notamment sur la scène du Grand Rex et du Cirque d’Hiver à Paris. Séduit par sa voix, Higelin l’invite quelques années plus tard à partager la chanson Adolescent sur son album Aux héros de la voltige (1994). Sa voix grave et tellurique apporte une profondeur inattendue, un dialogue entre la tradition corse et l’énergie rock poétique d’Higelin.
Jacky Micaelli enregistre également Les Chants de la Liberté, avec Antoine Ciosi, parmis lesquels, une interprétation remarquable de «l'Affissu Zifrattu » adaptation de l'Affiche Rouge, du poète Jacque Fusina.
Corsica Sacra, la consécration
L’année 1996 marque un tournant majeur dans la carrière de Jacky Micaelli avec la parution de son premier album en son nom propre : Corsica Sacra – Chants sacrés corses. Enregistré avec la participation de Marie-Ange Geronimi et Jean-Etienne Langianni, cet album consacre Jacky comme l’une des grandes voix de la musique insulaire.
Corsica Sacra est bien plus qu’un recueil de chants traditionnels : c’est une véritable œuvre spirituelle, une immersion dans la mémoire chantée de la Corse. La critique spécialisée salue la qualité exceptionnelle de cet enregistrement, décrivant la voix de Jacky comme « habitée », « incarnée », d’une intensité quasi liturgique.
L’album reçoit plusieurs distinctions prestigieuses, qui dépassent le cercle de la musique corse et la propulsent sur la scène internationale des musiques du monde. Parmi les récompenses figurent notamment :
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le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros,
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le “Choc” du Monde de la Musique,
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le Diapason d’Or.
Grâce à Corsica Sacra, Jacky Micaelli acquiert une reconnaissance qui la place aux côtés des plus grandes interprètes de chants traditionnels et sacrés.
Dans cet album, Lamentu à Ghjesù et Dio vi salvi Regina trouvent une interprétation d’une grande intensité spirituelle, marquée par une ferveur et une maîtrise unanimement reconnues.
Années 2000 : nouveaux horizons musicaux
En 1999, elle prend part aux célébrations du 26ᵉ centenaire de la fondation de Marseille, représentant la Corse lors de cet événement majeur et contribuant au rayonnement du chant corse dans l’espace méditerranéen.
En 2000, Jacky Micaelli se rend au Japon, où son parcours artistique prend une dimension nouvelle. Invitée au festival de Sado, elle y rencontre le célèbre guitariste de jazz Kazumi Watanabé, ainsi qu’un groupe de chants traditionnels d’Okinawa. Ces échanges, nourris par la rencontre entre des traditions vocales ancestrales et des univers musicaux contemporains, donnent lieu à un dialogue artistique particulièrement fécond. Séduit par la puissance et la singularité de sa voix, Kazumi Watanabé l’invite à le rejoindre pour une tournée à travers le Japon. Cette première expérience nippone marque profondément l’artiste et conduit à un second séjour la même année, confirmant l’intérêt du public japonais pour le chant corse et soulignant la portée universelle de la voix de Jacky Micaelli, capable de créer des passerelles entre les cultures et les continents.
Cette même année, Jacky Micaelli prend part à un projet collectif profondément chargé de mémoire : l’album Les Chants de la Liberté, initié par Antoine Ciosi. Elle y interprète Quellu affissu zifratu, adaptation en langue corse réalisée par Jacques Fusina du poème L’Affiche Rouge de Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré. Ce chant rend hommage aux résistants fusillés en 1944 et porte une mémoire douloureuse et universelle. Par son interprétation, Jacky Micaelli confère à ce texte une gravité et une intensité singulières : sa voix, à la fois sobre et habitée, fait résonner la douleur, la dignité et la fidélité aux valeurs de liberté et de résistance. Cette contribution illustre pleinement son engagement artistique et humain, où le chant devient un acte de mémoire et de transmission.
En 2000, Jacky Micaelli participe comme soliste à la Cantata Corsica (Extrait E cullane di fume), une création majeure de Jean-Paul Poletti associant voix polyphoniques corses et orchestre, aux côtés d’autres grandes voix de l’île. Au cœur de cet ensemble prestigieux, sa voix se distingue par sa profondeur et son intensité, devenant l’un des souffles porteurs de l’œuvre. Sur scène, elle incarne avec force et sensibilité la mémoire et la ferveur du chant corse, inscrites dans une écriture orchestrale exigeante. Présentée notamment à Londres, cette création suscite une émotion profonde, portée par la puissance collective des chœurs et par la présence scénique de ces grandes voix réunies. Cantata Corsica marque ainsi un moment fort de rayonnement international de la musique corse, culminant avec la nomination de Jean-Paul Poletti comme membre d’honneur du Royal College of Music.
En 2001, Jacky Micaelli poursuit son chemin de rencontres artistiques lors d’une tournée au Pays basque avec le groupe E Voce é di E Pelle. Portée par la voix et le rythme, elle y tisse un dialogue sensible entre la polyphonie corse et d’autres traditions vocales.
Sortie de son second CD de Jacky Micaelli « A Mor'esca », dans lequel elle offre un voyage dans le bassin méditerranéen, rythmé de Blues, de Saudate, sans se départir de son âme corse.
Parallèlement à ses projets personnels, Jacky Micaelli s’engage dans de vastes tournées internationales avec le groupe Tavagna, ensemble polyphonique de premier plan. Dans le prolongement de cette collaboration, elle est également invitée par Tavagna à chanter au sein de l’ensemble Organum, dirigé par Marcel Pérès. Cette dynamique se manifeste notamment lors de moments marquants de la scène corse, comme la rétrospective des rencontres de polyphonies de 1994 à Calvi, où Jacky Micaelli et Tavagna interprètent U Lamentu di Ghjesu ainsi que lors du concert donné par Jacky Micaelli et le groupe Tavagna en 2001 à Avignon, participant à la diffusion du répertoire polyphonique corse au-delà de l’île.
Sur les scènes étrangères, sa voix trouve un écho immédiat, y compris auprès de publics peu familiers de la langue corse. Portés par son timbre ample et habité, les chants polyphoniques suscitent une émotion directe, au-delà des barrières linguistiques. Ces concerts deviennent des temps de découverte et de partage, où le public accueille la force spirituelle et humaine du chant corse. À travers ces tournées, Jacky Micaelli contribue au rayonnement de la culture insulaire à l’international, affirmant la capacité de cette tradition à émouvoir et rassembler.
Jacky Micaelli est invitée par Marcel Péres à chanter avec l'ensemble Organum, et par le groupe Tavagna.
En 2001, sortie de son second CD Moresca, dans lequel elle offre un voyage dans le bassin méditerranéen, rythmé de Blues, de Saudate, sans se départir de son âme corse.
Ce voyage la conduit tout naturellement à intégrer le groupe Rassegna, pour y partager les sonorités du flamenco et de la polyphonie corse.
En 2003, elle enregistre Fiamma, un recueil de chants sacrés corses né d’une profonde amitié et d’une complicité artistique entre Jacky Micaelli, Jean-Etienne et Marie Langianni, réalisé dans le cadre intimiste du couvent de Corbara. L’album, paru en 2004, se distingue par sa profondeur et son dépouillement : la réverbération naturelle du lieu et le silence font écho à la voix, créant une atmosphère de recueillement authentique.
En 2005, Jacky Micaelli engage un travail de mémoire musicale avec Ti Ricordi. Conçu comme un projet d’envergure, initialement pensé comme un double album, cet enregistrement revisite de grands chants du répertoire corse, faisant affleurer émotions et souvenirs enfouis. Paru en 2005, Ti Ricordi offre au public un patrimoine revisité à travers la sensibilité singulière de l’artiste. Entourée d’André Jaume et de Jean-Etienne Langianni, directeur artistique et guitariste du projet, Jacky Micaelli compose un ensemble d’une grande richesse émotionnelle, véritable retour aux sources et voyage dans le temps. Cet album du souvenir illustre pleinement sa volonté de transmettre l’héritage des anciens aux nouvelles générations, en renouvelant l’interprétation tout en respectant l’esprit originel des chants.
En juin 2006, Jacky Micaelli participe à l’émission Latitude 42, présentée par Michèle Don-Ignazi. Dans ce rendez-vous culturel dédié aux voix et aux musiques de Méditerranée, elle partage la scène avec plusieurs artistes de talent et offre au public des interprétations d’une intensité remarquable. Elle y chante notamment Quellu affissu zifratu, adaptation en langue corse par Jacques Fusina du poème L’Affiche rouge de Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré. Accompagnée avec une grande finesse par Jean-Etienne Langianni à la guitare et André Jaume au saxophone, sa voix grave et habitée confère à ce chant une profondeur émotionnelle saisissante.
Au cours de l’émission, Jacky Micaelli interprète également Malcunciliu (Jean-Claude Rogliano / Jean-Paul Poletti) aux côtés du regretté Dumé Gallet, dans une complicité empreinte de douceur et de gravité, toujours accompagnée par Jean-Etienne Langianni. Elle s’unit ensuite au groupe mythique Canta u Populu Corsu et au chanteur et compositeur espagnol Paco Ibáñez pour interpréter A Galuppà, adaptation d’un poème de Rafael Alberti. L’émission s’achève sur un final collectif autour du chant Companero, moment de fraternité et de partage qui illustre pleinement la place de Jacky Micaelli au cœur des grandes voix engagées de son temps.
Parallèlement à ces albums, Jacky Micaelli continue de monter sur scène pour des créations marquantes.
En 2008, Jacky Micaelli prend part au spectacle musical La Révolution Corse, conçu par Magà Ettori et produit à l’occasion du bicentenaire de la mort de Pasquale Paoli, figure majeure de l’histoire et héros de l’indépendance corse. À travers cette création mêlant musique, chant et mémoire historique, elle prête sa voix à un récit fondateur de l’identité insulaire.
Son engagement dépasse alors le cadre de la scène : il s’enracine dans une démarche profondément personnelle et consciente, où le chant devient parole citoyenne. Cet engagement trouve une expression particulièrement forte dans un chant a cappella qu’elle a elle-même écrit en hommage à Pasquale Paoli. Dépouillée de tout accompagnement, portée par la seule voix, cette œuvre donne à entendre une parole libre, intime et profondément politique au sens noble du terme. Jacky Micaelli y inscrit sa voix dans la continuité d’une tradition où chanter revient à transmettre, affirmer et résister. Cet enregistrement témoigne de la manière dont son art reliait indissociablement création personnelle, mémoire collective et engagement pour l’histoire et les valeurs du peuple corse. Par la force expressive de cette interprétation, elle rappelle que le chant peut être à la fois acte de mémoire, geste de transmission et positionnement éthique.
En 2012, elle chante avec U Ponticellu, pour l’inauguration de la Chapelle Sainte Dévote de Monaco, devant le Prince Albert II, en présence de membres du corps diplomatique et d'artistes de toute l'Europe, et participe aussi, à I Fochi Paoli à Morosaglia, en hommage à Pasquale Paoli.
En 2013 encontre avec le groupe italien « Les Anarchistes », musiciens talentueux alliant la polyphonie corse au free jazz et au rock. Ensemble, ils intègrent le projet européen « Sonate di Mare » qui se poursuivra en 2014.
Jacky Micaelli, sur scène pendant les balances, accompagnée de ses musiciens
En 2005, sortie du double album « Ti Ricordu ». Avec André Jaume et Jean-Etienne Langianni (directeur artistique et guitariste), Jacky nous offre un délicieux pannel d'émotions, un retour aux sources, un voyage dans le temps.
Enseignement et transmission
Consciente de la fragilité du patrimoine oral et de l’urgence de le préserver, Jacky Micaelli a très tôt fait de la transmission une priorité, indissociable de son engagement artistique. Pour elle, le chant polyphonique ne pouvait se réduire à une pratique scénique ou patrimoniale : il devait rester vivant, partagé, incarné par de nouvelles voix. À partir des années 2000, parallèlement à sa carrière, elle s’investit de plus en plus dans l’enseignement du chant polyphonique corse, avec une approche à la fois exigeante et profondément humaine.
Dès 2004, elle anime régulièrement des stages de polyphonies corses, aux côtés de son fidèle complice Jean-Etienne Langianni, avec l’aide de Nadine Cesari. Ces stages, organisés en Corse et au-delà, deviennent de véritables lieux de rencontre, d’apprentissage et de partage, où se croisent chanteurs confirmés et novices, insulaires et continentaux, tous réunis par le désir de comprendre et de ressentir le chant de l’intérieur.
Pédagogue généreuse et attentive, Jacky Micaelli ne se contente pas de transmettre une technique vocale. Elle enseigne avant tout une posture : celle de l’écoute de l’autre, de l’accord au collectif, du respect du silence et de la place de chacun. Elle insiste sur l’humilité, la justesse et la sincérité comme fondements essentiels de l’interprétation polyphonique. Pour elle, chanter juste ne signifiait pas seulement chanter sans faute, mais chanter vrai, en conscience de la mémoire portée par chaque voix.
Dans ces espaces de transmission, Jacky accompagne les chanteurs avec patience et bienveillance, les invitant à trouver leur propre voix tout en s’inscrivant dans l’harmonie du groupe. Son enseignement repose sur l’expérience vécue, l’exemple donné et la relation humaine, faisant de chaque stage un temps fort, souvent marquant pour celles et ceux qui y participent.
Ainsi, à travers l’enseignement, Jacky Micaelli prolonge son œuvre bien au-delà de la scène, assurant la continuité d’un patrimoine fragile et précieux, transmis de voix en voix, dans un esprit de fidélité et d’ouverture.
Toujours animée par le désir d’approfondir et de transmettre le chant polyphonique, Jacky Micaelli participe à la création du groupe U Ponticellu, conçu comme un véritable espace de passage entre les générations. Avec cet ensemble, elle enregistre notamment l’album Stella Matutina, œuvre profondément spirituelle consacrée aux chants dédiés à la Vierge Marie. Pensé comme un temps de recueillement autant que comme une création musicale, cet album s’inscrit dans une démarche de prière chantée, où la voix devient offrande, élévation et lien entre les êtres.
Fruit d’une collaboration étroite entre Jacky Micaelli et Jean-Etienne Langianni, Stella Matutina révèle une approche du sacré à la fois exigeante et profondément habitée. Jacky y interprète notamment une « messe brève », entourée d’anciens stagiaires qu’elle a accompagnés et formés au fil des années. Par ce choix, elle inscrit la transmission au cœur même de l’œuvre : les voix qu’elle a fait grandir deviennent partie intégrante du chant, dans un esprit de filiation, de confiance et de continuité.
Cette création donne lieu à une tournée en Castagniccia, à une participation au festival de Lörrach en 2008, puis à un enregistrement en 2009 au couvent de Corbara, lieu de silence, de résonance et de spiritualité, intimement lié à son parcours.
Au sein de U Ponticellu, Jacky Micaelli occupe naturellement une place de guide et de passeuse. Par sa présence attentive, son écoute et son exigence bienveillante, elle accompagne chaque voix, transmettant bien plus qu’une technique : une manière d’habiter le chant, de s’accorder aux autres et de servir le collectif.
U Ponticellu se produit en Corse, sur le continent et en Europe, témoignant de l’universalité du chant corse et de sa capacité à toucher au-delà des mots.
De cette dynamique d’échanges et de rencontres naît en 2013 l’album Corsi’Tania, fruit du dialogue entre chants corses et chants occitans, symbole musical de l’union entre cultures et prolongement naturel de l’engagement de Jacky Micaelli pour un patrimoine vivant, transmis de voix en voix, de cœur à cœur.
Jusqu’à son dernier été, Jacky Micaelli a encadré ces stages avec passion, faisant de la transmission une véritable raison d’être. À ses côtés, sa fille Sylvia Micaelli a grandi dans le chant, au plus près de la voix maternelle, baignant dès l’enfance dans cet univers où la musique se transmet autant par l’écoute que par la présence. Très tôt, elle partage la scène et le travail vocal avec sa mère, notamment au sein du groupe U Ponticellu, et l’accompagne lors des stages de polyphonies corses, apportant un soutien précieux dans l’apprentissage des voix de tierce.
Au fil des années, un dialogue subtil s’installe entre elles : une relation de confiance, de complicité artistique et de transmission silencieuse, où le geste se fait héritage et la voix, passage.
Disparition et hommages
Le 16 septembre 2017, Jacky Micaelli s’éteint à l’âge de 62 ans, suscitant une vive émotion en Corse et parmi les amoureux du chant à travers le monde. Ses obsèques, célébrées en la cathédrale Sainte-Marie de Bastia, donnent lieu à un moment rare : les grandes voix de l’île se réunissent pour chanter lors de la cérémonie, et à l’issue de la messe, l’assistance accompagne la sortie du cercueil par de chaleureux applaudissements, rendant un ultime hommage à l’artiste.
Sur le cahier de condoléances, une main a repris l'hommage de Jean-Louis Trintignant à sa fille Marie " Je suis très triste de l'avoir perdu mais heureux de l'avoir connu".
Le journal Le Monde a titré « Mort de la chanteuse Jacky Micaelli, Pionnière féminine des polyphonies corses ». Gilles Simeoni, alors président du Conseil exécutif de Corse, a écrit sur le réseau Twitter : « S'hè spenta Jacky Micaelli. A pienghjenu i soii è i so amichi. Ci mancaranu a so voce è a so presenza. » et Jean-Guy Talamoni, alors président de l'Assemblée de Corse, s’y est exprimé en ces mots : « Voce di a terra è di u sole, Jacky Micaelli empie i nostri cori è u nostru celu. Pensu à i soii. ». Corse Net Infos a titré : « La chanson corse orpheline de Jacky Micaelli ». France 3 Corse Via Stella a annoncé : « Jacky Micaelli, la voix de l'âme corse, s'est éteinte ».
Corse-Matin lui a rendu hommage en ces mots : « La voix si belle et au timbre si particulier de Jacky Micaelli s'est éteinte. La Corse perd, avec elle, l'une de ses chanteuses les plus authentiques. Cette artiste, à la fois talentueuse et humble, emblématique du patrimoine du chant corse, s'en est allée (...) ».
Ces hommages témoignent de l'importance de Jacky Micaelli dans le paysage culturel corse.
En 2018, l’Académie Charles-Cros décerne à Jacky Micaelli un Coup de cœur Musiques du Monde (In Memoriam), récompense honorifique posthume qui souligne la trace indélébile qu’elle laisse dans le paysage musical. Cet hommage institutionnel rejoint ceux du public et des artistes pour reconnaître l’importance de son œuvre.
Après le décès de Jacky, Sylvia choisit de prolonger ce chemin en créant en 2018 l’association L’Arcu di Sperenza, du nom du premier succès de sa mère. À travers cette structure, elle fait vivre le répertoire transmis, anime des ateliers de chant et poursuit l’œuvre maternelle avec fidélité et sensibilité. La relation mère-fille prend ici toute sa profondeur : un passage de témoin artistique et culturel, empreint d’amour, de mémoire et de continuité, qui illustre avec force comment une tradition se préserve et se renouvelle de génération en génération.
Je devais et je pouvais acter la promesse faite à ma mère quelques mois auparavant : reprendre le flambeau !
Héritage d’une voix éternelle
La disparition de Jacky Micaelli a laissé un grand vide, mais son héritage musical et spirituel demeure bien vivant. À travers les enregistrements qu’elle nous a légués – de ses premiers 45 tours confidentiels jusqu’aux albums majeurs comme Corsica Sacra – sa voix continue de résonner, puissante et sincère. Son parcours illustre la force d’une passion enracinée dans le terroir corse et pourtant universelle dans son langage émotionnel.
Figure emblématique et pourtant d’une grande humilité, Jacky a ouvert la voie aux générations futures, en particulier aux femmes, dans le domaine du chant polyphonique. Sa vie dédiée au chant, son ouverture aux autres cultures, et son engagement dans la transmission font d’elle un symbole du patrimoine culturel corse.
En rendant hommage à Jacky Micaelli, c’est toute la Corse qui célèbre une voix unique et une passeuse de mémoire. Son souvenir demeure dans le cœur de ceux qui l’ont connue ou écoutée, et dans chaque note de chant traditionnel qui s’élève aujourd’hui sur l’île.
Plus qu’un héritage, Jacky Micaelli nous a laissé une inspiration : celle de faire vivre la tradition en la partageant et en la faisant évoluer, pour que jamais ne se taise la polyphonie des âmes corses.
Sylvia Micaelli

BIOGRAPHIE
Sylvia Micaelli – Entre Voix, Transmission et Soin
Sylvia Micaelli naît le 4 février 1976 à Bastia, au cœur d’une île où la voix est mémoire et où le chant est langage sacré.
Fille de Jacky Micaelli, figure emblématique de la chanson corse disparue en septembre 2017, et de Gilbert Micaelli, initiée très tôt au chant polyphonique corse par sa mère, Sylvia baigne dès l’enfance dans la polyphonie sacrée et profane de l’île. Elle côtoie des chanteurs et des musiciens venus d’horizons multiples, affinant son oreille et ouvrant son regard à la diversité du monde. Autodidacte, elle explore également l’écriture, la peinture, le dessin, la danse et le théâtre, laissant chaque art nourrir l’autre, comme autant de chemins menant à une même vérité intérieure.
Infirmière diplômée d’État, Sylvia choisit d’abord la voie du soin. Mais très vite, elle comprend que la voix peut parfois atteindre là où les mots et les traitements s’arrêtent. Dans les services de psychiatrie à Marseille, puis au sein du centre pénitentiaire des Baumettes, elle fait entrer le chant corse là où on ne l’attend pas. Sa voix s’élève entre les murs, souffle de liberté, de dignité et d’humanité, offrant aux patients et aux détenus un espace de respiration, de réconfort et de reconnexion à eux-mêmes.
Cette alliance profonde entre l’art et le soin ne la quittera jamais.
Aujourd’hui, Sylvia Micaelli est thérapeute familiale systémique, hypnothérapeute ericksonienne, praticienne et formatrice de praticiens en massages de bien-être, ainsi qu’énergéticienne en Reiki Usui. Sa pratique s’inscrit dans une vision globale et sensible de l’être humain, où chaque voix, chaque geste, chaque vibration devient un chemin de guérison. Chez elle, le soin prolonge naturellement le chant, et le chant devient à son tour un soin.
Parallèlement à son parcours professionnel, Sylvia s’investit pendant plus de dix ans dans les stages de chants polyphoniques corses sacrés et profanes animés par sa mère, notamment au couvent de Corbara, aux côtés de sa mère et de Nadine Cesari. Elle accompagne les voix, soutient les « tierces », et approfondit la transmission d’une tradition orale ancestrale qui deviendra l’un des piliers de son engagement.
Dès l’origine de l’aventure, Sylvia Micaelli fait partie intégrante du groupe U Ponticellu, fondé et porté par sa mère. Elle y chante en voix de secunda et principalement de terza, s’inscrivant naturellement au cœur de cette aventure artistique et humaine, tissée de fidélité, de partage et d’exigence.
Au sein de U Ponticellu, c’est l’ensemble du groupe qui œuvre, avec la même ferveur, à faire voyager la polyphonie corse bien au-delà des rivages de l’île. Ensemble, ils portent un patrimoine vivant dans un profond désir de transmission et de rayonnement culturel, faisant résonner la voix corse dans des lieux chargés d’histoire, de spiritualité et de mémoire, en Corse, sur le continent et à l’étranger.
Le groupe se produit notamment lors du festival Canti di Qui en Corse, au festival de Lörrach en Allemagne, dans de nombreuses églises corses, au festival des Terre Surelle en Sardaigne, ainsi qu’au Théâtre Toursky à Marseille.
En 2011, un spectacle sons et lumières à Corbara, dédié à Pascal Paoli, marque un temps fort de cette aventure collective.
S’ensuivent des tournées dans les églises de Balagne et de Bastia, ainsi qu’une participation régulière aux Journées du Patrimoine, dès 2009.
Sylvia participe également aux enregistrements de Stella Matutina, album de chants dédiés à la Vierge, puis de Corsi’tania, recueil de chants profanes corses et occitans, témoignant de la richesse et du dialogue des traditions méditerranéennes.
Stella Matutina est enregistré au couvent de Corbara en avril 2009, dans un lieu chargé de silence et de sacré, alors que Sylvia porte en elle son fils à naître. L’album paraît en avril 2010, comme un prolongement de cette gestation intérieure.
Elle confie un souvenir profondément marquant de cette expérience :
« L’un des moments les plus émouvants et inoubliables fut celui où j’ai senti mon fils bouger, pour la première fois, dans mon ventre, alors que j’étais en plein enregistrement d’un chant de Stella Matutina. »
À cet instant précis, la voix, la vie et la transmission se rejoignent, inscrivant le chant dans une filiation vivante, où le souffle se fait passage.
Le décès de sa mère en 2017 marque une rupture, mais aussi un passage.
« Au décès de ma mère, je ne pouvais pas m’éteindre avec elle. Elle croyait profondément à cette chaîne de transmission du chant polyphonique, dont elle et moi étions deux maillons.
Il m’a fallu quelques mois, le temps nécessaire au deuil, pour trouver la force et la justesse de répondre à l’un de ses souhaits les plus chers : reprendre le flambeau. »
De ce deuil naît un engagement renouvelé. Le 21 juin 2018, jour symbolique de la Fête de la Musique, Sylvia fonde l’association L’arcu di sperenza, afin de poursuivre l’œuvre de transmission chère à sa mère et d’en maintenir vivante la flamme.
Présidente de l’association, elle anime désormais des stages de chants polyphoniques corses profanes et sacrés, organisés deux fois par an, rassemblant des stagiaires venus de Corse, du continent et de l’étranger. Elle y insuffle un esprit de bienveillance, de respect et d’harmonie, où chaque voix trouve sa juste place. Ces valeurs se ressentent pleinement lors des concerts de restitution, moments de communion et de partage.
En août 2020, à l’issue d’un concert de restitution de stage, naît le trio Fiamma, formé avec Joanne D’Amico et Didier Cuenca.
Fiamma, la flamme : celle qui brûle doucement au fond de chacun, celle qui relie, éclaire et rassemble.
Ce nom n’est pas un hasard. Fiamma fut d’abord le titre d’un album enregistré par Jacky Micaelli aux côtés de Jean-Étienne et Marie Langianni, fruit d’une profonde amitié et d’un engagement artistique partagé. Aujourd’hui, les membres du trio reprennent, entre autres, les chants de ce répertoire chargé de sens, dans lequel Jean-Étienne avait réalisé les arrangements, prolongeant ainsi une histoire musicale et humaine déjà écrite.
Le trio interprète également des chants issus du répertoire transmis par Jacky Micaelli, dans un esprit de fidélité, de continuité et de profondeur.
Sylvia aime rappeler :
« Ensemble, lorsque nous chantons, nous créons un espace-temps de recherche en commun de la vérité et du bien. Cette douce flamme est la manifestation d’une parcelle de lumière. »
Un jour, Jean-Étienne lui a dit ces mots, comme une évidence :
« Qui, mieux que toi, pourrait continuer à faire briller cette flamme ? ».
L’année 2021 marque une étape particulièrement féconde dans le parcours de Sylvia, placée sous le signe de la création, de la transmission et de la rencontre.
Elle participe tout d’abord à la mise en scène du conte musical initiatique pour enfants « A Cunferenza di l’Accelli », écrit par Fanfan Griffi, librement inspiré du Manteiq Olteir, œuvre attribuée au grand poète persan Farid Udin Attar.
Dans ce cadre, Sylvia anime des ateliers de théâtre à destination des enfants à Campile, aux côtés de Joanne D'Amico, en partenariat avec la société coopérative Orma creazione. Ces ateliers deviennent de véritables espaces de confiance, de jeu et d’expression, où se tissent des liens sincères entre les enfants et l’univers du spectacle vivant.
Elle confie à ce sujet :
« Leur envie de découvrir le théâtre et leur enthousiasme m’ont offert des moments de pur bonheur. »
Cette même année, en tant que présidente de l’association L’Arcu di Sperenza et chanteuse au sein du trio Fiamma, Sylvia coorganise, en partenariat avec Frank Tenaille et l’équipe du Le Chantier, une semaine d’actions culturelles à Correns.
Cette initiative a pour objectifs principaux le rayonnement du patrimoine culturel corse et la mise en lumière du trio Fiamma, alors nouvellement constitué.
Durant cette semaine, le Trio Fiamma déploie une série d’actions complémentaires :
une résidence de chants, un atelier pédagogique auprès d’enfants d’une école primaire de Barjols, Concert en hommage à Jacky Micaelli dans la salle de spectacle La Fraternelle, ainsi qu’un stage de polyphonies corses, clôturé par un concert de restitution au sein de l’église du village de Correns.
De cette expérience, Sylvia garde un souvenir profondément marquant :
« Un grand merci à toute l’équipe du Chantier pour la qualité de son accueil. Cette semaine fut une traversée riche de rencontres, de travail partagé, d’adaptation à un environnement nouveau et d’expériences humaines profondément marquantes. »
Aujourd’hui, Sylvia Micaelli poursuit inlassablement ce chemin tissé entre voix et soin, art et humanité.
Dans ce cheminement, la présence de sa mère demeure vivante, presque palpable.
« Ma mère m’accompagne. La mort n’a pas eu raison du lien qui nous unit. »
À travers le chant polyphonique corse, la thérapie et la transmission, Sylvia porte cette flamme sacrée, veillant à ce que la mélodie ancestrale continue de vibrer, de relier et d’élever celles et ceux qui croisent sa route.
Joanne D'Amico

BIOGRAPHIE
Joanne est née à Paris le 25 mars 1951.
Dès l'âge de 8 ans, elle a commencé à chanter dans une chorale. A l'adolescence elle écrivait ses premières chansons, qu'elle chantait en s'accompagnant à la guitare. Ses sources d'inspirations, s'appelaient Barbara, Anne Sylvestre, Joan Baez...
Parallèlement, elle se prit de passion pour le théâtre. Par chance, sa professeure de français, Anicette Fray, ancienne élève de Louis Jouvet, lui fit intégrer sa troupe « la Compagnie des Jours Heureux », Elle avait 13 ans.
Plus tard, en 1969, Elle fut l'élève de René Simon dans sa célèbre école d'Art Dramatique. Lors du concours de fin d'année, elle obtint le prix spécial du Jury.
Puis la vie ne lui permit pas de poursuivre ses passions et elle dû entrer dans la vie professionnelle.
C'est à Genève que s'est déroulée sa carrière, dans la relation d'aide sociale.
Pendant environ 20 ans, elle s'est occupée des demandeurs d'asile arrivant en Suisse, puis des personnes atteintes du sida.
En 2001 elle quitta le milieu associatif pour entrer à la Radiotélévision Suisse, où elle a travaillé jusqu'à la retraite.
Une fois à la retraite, Joanne s'est mise à peindre. Essentiellement la mer, les vagues, les embruns... toujours à l'huile.
Elle aime la musique, le silence et les mots. Les mots pour rencontrer l'autre et partager. Les mots à écrire pour raconter. Les mots à lire, pour comprendre, pour apprendre et avancer encore et encore...
Elle a donné et donne encore parfois des cours de théâtre, d'improvisation. Joanne est clown également. Elle a durant quelques années arpenté les couloirs de la pédiatrie à l'hôpital de Thonon les bains pour aller à la rencontre des petits malades avec l'association « Les Semeurs de Joie ».
Joanne est corse d'origine, par sa mère. Elle a sans doute hérité de cette île son caractère entier et rebelle, son goût pour la solitude et l'indépendance !
Elle a découvert les chants polyphoniques grâce à Jacky Micaelli. Elle a participé à ses stages (deux par an) durant une dizaine d'années. Après son décès, Joanne a participé, avec Sylvia Micaelli, la fille de Jacky, à la création de l'association « L'arcu di sperenza », dont elle est membre fondateur.
Avec Sylvia Micaelli, elle coanime les stages de chants polyphoniques corses en soutenant les voix de tierce.
Lors du concert de restitution du stage de chants polyphoniques corses d'août 2020, Sylvia Micaelli, Didier Cuenca et Joanne D'Amico ont constitué un trio et l'idée de créer un groupe, pour poursuivre ce travail commun et cette collaboration, a germé. Ce groupe c'est Fiamma.
En 2021, elle a participé à la mise en scène d’un conte musical initiatique pour enfants « A Cunferenza di l’Accelli », écrit par Fanfan Griffi inspiré par le Manteiq Olteir, attribué au grand poète persan Farid Udin, et à l’animation d’ateliers de théâtre pour enfants à Campile, en partenariat avec la société coopérative Orma creazione.
Ce fut pour elle l'occasion de renouer avec son amour pour le théâtre.
Elle a adoré faire faire des exercices d'improvisation à des enfants enthousiastes et curieux.
En partenariat avec Frank Tenaille et l’équipe du « Le Chantier », centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde (projet en cours de réalisation), elle a, pendant une semaine passée à Correns au sein du Trio Fiamma, enchaîné diverses actions :
· Animation d’un atelier pédagogique auprès d’enfants d’une école primaire de Barjols,
· Concert dans la salle de spectacles La fraternelle
· Animation d’un stage de polyphonies corses qui s’est clôturé par un concert de restitution au sein de l’église du village de Correns.
Ce fut une expérience enrichissante et formatrice.


